Marin Karmitz collabo mais pas comme Doriot, par Pierre Carles
Par L'hm le mardi 17 février 2009, 17:03 - Lien permanent
(Un texte refusé par les pages "Rebonds" de Libération, il y a une dizaine de jours)
On a entendu ces derniers jours certains affirmer
que Marin Karmitz aurait opéré le plus grand retournement de veste du siècle
écoulé. Rappelons que le fondateur des cinémas MK2 était membre de l’extrême
gauche dans les années 70 avant que Nicolas Sarkozy ne le nomme délégué général
du « Conseil pour la création artistique » ces jours-ci. Faut-il
croire ces rumeurs ? On a pu observer ces dernières années de
spectaculaires grands écarts. On ne comptabilise pas ici les petites trahisons
fébriles comme celle d’Éric Besson passé du camp de Ségolène Royal au
gouvernement de Nicolas Sarkozy. Non, on sait que Ségolène Royal n’a jamais été
de gauche1. On parle ici des
vrais retournements de veste, comme par exemple celui effectué par
Libération, passé de l’extrême gauche dans les années 70 au
centre-droit libéral-libertaire dix ans plus tard (cf. Libération, de
Sartre à Rothschild de Pierre Rimbert, Éditions Raisons d’agir, 2005). Ce
n’est pas néanmoins un retournement de veste à la hauteur du parcours de
traître à la cause du peuple de Marin Karmitz, clament les mauvaises langues.
Karmitz faisait partie après mai 68 de la Gauche prolétarienne, adepte du
sabotage et de la guerre populaire, avant de fricoter avec la droite affairiste
des années 2000. Il est passé de l’extrême-gauche maoïste au « pétainisme
transcendantal » de Sarkozy pour reprendre l’expression du philosophe
Alain Badiou.
Mais retournons quelques années en arrière. En 1971, Marin Karmitz réalisait un documentaire sur des ouvrières du textile en grève à Troyes et à St Omer, film qui, selon ses propres mots, « attaquait le patronat en légalisant d’une certaine façon les actes illégaux que sont les occupations d’usine et les séquestrations de patrons. » Et Karmitz de s’enorgueillir : « Ce film a été vu par des dizaines de milliers de personnes, au point que ça devenait un danger politique pour le gouvernement parce que quand le film était montré dans un lieu où il y avait un début de débat sur les luttes à mener, il provoquait des grèves. Il amenait les ouvriers à se mettre en grève. Dans des endroits où la grève était en train de se calmer, de disparaître, de s’arrêter, le film remettait les gens en grève »2. C’est le même Marin Karmitz qui trouvait récemment des qualités à Nicolas Sarkozy, l’ami des PDG Bouygues, Lagardère, Pinault… Qui peut se targuer d’un pareil retournement de veste ces cent dernières années ? On ne voit personne à l’horizon ? Si : Jacques Doriot. Ce dernier a fondé pendant la deuxième guerre mondiale la Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme (LVF) d’obédience fasciste après avoir été secrétaire général des jeunesses communistes juste après la première guerre mondiale ! On ne fait sans doute pas mieux question retournement de veste. Karmitz aura du mal à égaler Doriot.
Vers la fin des années 70, des membres
du groupe Action Directe ont eu le projet de collecter auprès de Marin Karmitz
l’« impôt révolutionnaire ». Braqué par Nathalie Ménigon et Jean-Marc
Rouillan, comment le patron des MK2 aurait-il jugé les « actes
illégaux »,les « sabotages », les « séquestrations de
patrons » ? Les considérait-il toujours légitimes ? À présent
qu’il a définitivement tourné le dos à la classe ouvrière, qu’il ne dissimule
plus son engagement aux côtés de la droite dure patronale, se pourrait-il que
certains de ses anciens camarades révolutionnaires se souviennent de lui ?
On se souvient en tout cas du titre de son dernier film : Coup pour
coup.
Pierre Carles, réalisateur
2 bonus dvd de Coup sur coup, Marin Karmitz, MK2 Productions, éditions Montparnasse
Commentaires
Pierre,
J'aime bien ta plume en général; et tes films sont une bouffée d'oxygène. Surtout enfin pris et ni vieux ni traitres. (Choron pas terrible, niveau montage). Mais cet article là me semble vraiment grossier, mal ficelé. Tu peux toujours faire des comparaisons comme tu fais, mais franchement, c'est quasiment du christophe barbier. Les gros sabots c'est pas toujours efficace...
pardon
Un fidèle lecteur/spectateur/militant
D'accord avec Jacky, pas terrible le texte, tu nous a habitué à mieux.
je comprends mal que jacky aît pu voir des "gros sabots" dans cet article, qui va à l'essentiel, à l'intention d'un public d'aujourd'hui qui n'est pas toujours au courant de ce passé. Tout au plus pourrait-on lui reprocher d'avoir isolé le cas de Marin Karmitz là où après tout, question ampleur du retournement de veste et durant ces cent dernières années, on en a vu d'autres...
« À présent qu’il a définitivement tourné le dos à la classe ouvrière, qu’il ne dissimule plus son engagement aux côtés de la droite dure patronale, se pourrait-il que certains de ses anciens camarades révolutionnaires se souviennent de lui ? On se souvient en tout cas du titre de son dernier film : Coup pour coup. »
C'est quoi, ça ? Une invitation aux "anciens camarades" de MK à se souvenir de lui, pour qu'ils pratiquent sur lui la "séquestration", les "sabotages", et pourquoi pas, "l'impôt révolutionnaire" ?
C'est franchement dégueulasse. Je préfère encore MK et NS, ou plus exactement je comprends comment des types comme MK virent leur cuti après avoir fréquenté les "révolutionnaires"...
ah bon ? c'est pour avoir "fréquenté les révolutionnaires", que ce Marin Karmitz est allé se vautrer du côté de l'ignoble Sarkozy ? Encore un effort, gab, et vous finirez par croire à vos propres mensonges...
Après avoir été fréquenté par des "révolutionnaires", disons. Ce n'est pas le fond du problème...