Vide poches "Choron, dernière" - travail en cours
Par L'hm le samedi 24 janvier 2009, 12:26 - Lien permanent
Entretien avec Pierre Carles à propos de "Choron dernière"
http://culturopoing.com/Cinema/Choron+derniere-1607 Entretiens et dossiers, le 22 janvier 2009La photo est © Arnaud Baumann
http://www.lemagazine.info/spip.php?article870
Choron dernière
Pierre Carles et Eric Martin ont suivi le féroce iconoclaste une année avant sa disparition en 2005. Le résultat sort en salle le 07 janvier : Choron dernière propose un désopilant portrait de cet individu éminemment subversif. Un documentaire élogieux qui revalorise son image de trublion agressif sans verser dans l’hagiographie.
Figure emblématique de la presse satyrique, humoriste et chansonnier, Georges Bernier alias le Professeur Choron était connu pour son exubérance et ses provocations. Co-fondateur d’Hara Kiri et de Charlie Hebdo, il fut également l’auteur du célèbre Bal tragique à Colombey : un mort qui fit la couverture du journal à l’annonce de la mort du Général De Gaulle. Mêlant entretiens, témoignages et images d’archives, Choron dernière propose d’illustrer l’existence agitée du personnage. Pari gagné, même si certaines lacunes en font parfois un documentaire pour initiés.Le Parrain
« Une armée de professionnels, c’est important. Il est quand même plus agréable de se faire tuer par quelqu’un dont c’est le métier » affirme un Choron coiffé d’un béret vert lors d’un débat télévisé. Le ton est donné. Nous voici parti pour un festival d’ironie explosive. Et on rira à maintes reprises devant les archives cocasses exhumées par Carles et Martin. Mais jusqu’à quel point ? Car le premier mérite de ce documentaire est peut-être de nous placer face à nos limites, tant son humour corrosif n’épargne personne. Comme ce membre d’Act Up qui lui lance malicieusement « je sais que pour vous les militants sont des cons » et qui s’entend rétorquer par le Professeur hilare « je le répète. J’ajouterai même : quant aux malades, qu’ils crèvent ! ».
Ces extraits sont entrecoupés et parfois tempérés par les témoignages de ceux qui l’ont côtoyé. Si Cavanna se souvient d’un fabuleux meneur d’hommes aiguisant sans relâche l’irrévérence de sa troupe de chroniqueurs et de dessinateurs, Nabe disserte sur son apostolat de provocateur. Mais au-delà de ces éloges, on retiendra surtout les propos de Choron lui-même commentant les différents épisodes de sa vie. Ainsi cette savoureuse séquence où il aborde son engagement dans la Légion et raconte en termes crus sa liaison avec un gradé qui le rémunérait en espèces pour les caresses prodiguées. De même que Napoléon perçait sous Bonaparte, on s’aperçoit que Choron couvait déjà sous le militaire Bernier.
L’impasse
On éprouve toutefois le regret de ne pas l’entendre narrer de sa verve inimitable l’odyssée d’Hara Kiri et Charlie Hebdo. Carles et Martin semblent considérer qu’un film sur Choron drainerait un public averti pour lequel il était superflu de retracer ces années. Si elle nuit à une compréhension totale du personnage, cette lacune n’altère pas profondément le portrait qui lui est consacré. Il n’en va cependant pas de même avec les interventions de Philippe Val et de Cabu. Le spectateur qui ignorerait qu’il y eût des démêlés juridiques entre Choron et ses anciens collègues ne comprendra rien à la gêne manifeste qui contraint les deux hommes.
Pourquoi évoquer cette querelle sans en retracer l’origine ? Une fois encore, les documentaristes paraissent s’adresser aux seuls initiés. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler les faits : après une faillite en 1981, Charlie Hebdo reparaît en 1992 sous la houlette de Val. Blessé de ne se voir proposer qu’un poste subalterne alors qu’il aspirait à diriger l’entreprise, il intenta en vain trois procès au journal afin d’en interdire la publication. Procédurier, cet anar de Choron ? Mégalomane vindicatif ? À moins que ce ne soit un charmeur terriblement caustique. Tout ça à la fois : un homme ambivalent, un être singulier que ce documentaire réjouissant permet de mieux cerner.
Rodolphe Ayroles, le 6 janvier 2009
http://www.iletaitunefoislecinema.com/critique/2591/choron-derniere
Article de Maryne Cervero et Lucile Moura
Huitième film de Pierre Carles, "Choron dernière" retrace le parcours de Georges Bernier, alias Professeur Choron, fondateur des revues satiriques Hara Kiri et Charlie Hebdo.
Un homme qui donnait l’impression de ne jamais souffler, de ne
jamais lâcher prise sur son existence. Une bombe à retardement qui n’explosait
pas toujours dans la finesse, mais qui ne perdait jamais une occasion
d’exploser. Un homme dont la radicalité tranche cruellement avec la tiédeur de
Val, actuel directeur de Charlie Hebdo.
Du vaguement mégalo professeur Choron sur la fin, au Choron revenant sur son
enfance, en passant par Choron le patron de presse et Choron l’artiste, Carles
et Martin réussissent un portrait ni didactique ni hagiographique. Une sorte
d’hommage amical, en quelque sorte.
Ames conformistes s’abstenir…
Carles, un Michael Moore français ? A une nuance près.
N'ayant été pré-acheté par aucune chaîne de télévision, Choron dernière n’a pas été des plus simples à financer. Et pour cause : ancien journaliste, connu notamment pour son travail dans la cultissime émission Strip Tease, Carles ne fait aucun cadeau à la télévision, milieu dont il a dénoncé les accointances avec le milieu politique dans son film Pas vu, pas pris, censuré à la télévision française. Après un détour par le monde du travail, à travers les deux volets Attention danger travail, et Volem rien foutre al pais, Carles revient à l’univers des médias. La sociologie est un sport de combat, centré sur Bourdieu, constituait déjà un premier essai réussi de portrait. Au fil du temps, ses films constituent une œuvre cohérente : du cinéma direct, en prise avec le politique, qui donne la parole à des personnes ayant choisi un mode de pensée alternatif par rapport au modèle dominant. Une sorte de croisade morale contre les hypocrisies et les faux-semblants de la société, mais jamais moralisante, car toujours ouverte. Le cœur de son travail consiste à montrer que les systèmes sont manipulateurs, et que seuls des individus vraiment autonomes et libres peuvent lutter contre cette domination structurée. Un cinéma profondément engagé, donc. Choron dernière s’inscrit dans ce projet, en mettant en lumière la vie de cet anticonformiste qu’était Georges Bernier : sa liberté de ton et son intégrité sont ici au cœur du film, comme un écho désagréable, mais détonnant, à nos propres autocensures et concessions quotidiennes.
Les films de Carles sont produits de manière totalement indépendante, à la différence de Michael Moore qui se vante d’être produit par la Warner. Carles ne veut être le fou d’aucun roi de l’audiovisuel. D’où sans doute le vent de liberté qui court dans ses films. Voilà un cinéaste qui prend le mot indépendance au sens propre. Un cinéma qui filme la marge, à la marge.
Mais Carles, ce ne sont pas seulement des sujets militants, c’est aussi et avant tout du cinéma. Un cinéma en apparence mal fichu : sans voix off, le gloubi boulga d’archives et d’interviews est en effet parfois indigeste, l’impression de bricolage agaçante. En réalité, passée cette première impression brouillonne, le montage se révèle beaucoup plus astucieux qu’il n’y paraît. Carles, toujours fidèle à lui-même, ne se contente pas de mettre des images d'archives bout à bout en suivant un certain ordre chronologique ; son reportage ne se veut pas seulement un retour sur la vie du Professeur Choron, mais aussi un système de dénonciations et de revendications qui apparaissent en filigrane sur la pellicule : chaque cadrage, chaque mimique, chaque mot ont été méticuleusement choisis et mis au service des idées du réalisateur, qui offre ainsi un documentaire à double tranchant, à la fois dynamique et porteur d'un parti pris assumé sans complexes. Le montage du film en trois parties bien distinctes incite à penser que Carles et Martin ont cherché à couvrir toutes les facettes du Professeur Choron, de son statut de trublion qui vampirisait les plateaux de télévision sur lesquels il était invité, à celui d'être on ne peut plus humain, racontant des souvenirs de son enfance avec nostalgie. Malgré une réalisation quelque peu scolaire, qui rappelle les sacro-saintes dissertations formées d'une thèse, d'une antithèse et d'une synthèse, on se laisse tranquillement guider par ce portrait kaléidoscopique : à la fin, on n’est pas vraiment sûr d’avoir retenu tous les détails de l’histoire, mais on a l’impression de connaître mieux le personnage.
« Un mystique de la perversion, pas un employé de la provoc’ »
Une chose est sûre : en ces temps de politiquement correct, les sketchs du Professeur Choron sont purement et simplement décapants. « C’est un mystique de la perversion, pas un employé de la provoc’ » dit de lui un dessinateur de Charlie Hebdo. L’homme semble comme possédé par ce qu’il dit : il ne provoque pas pour provoquer, mais pour asséner sa vision du monde à la face des bien-pensants. Anarchiste convaincu, il hait toute forme d’institution, qu’elle soit politique ou économique. On est aux antipodes de la fausse provocation de certains comiques qui font de la scatologie et de la violence les fins mêmes de leurs propos, alors qu'elles ne devraient en être que des vecteurs. Non, le côté trash Choron et de ses comparses n’est jamais gratuit : quoi qu’on en pense, il révèle plutôt une critique féroce et radicale de nos modes de vie et de pensée. Sectaire, Choron l’est. Mais d’où vient ce sentiment que ce type de personnalité est indispensable au vivre ensemble ? On se trouve bousculé, ébranlé, dérangé, voire choqué ; et le monde apparaît paradoxalement plus sain. Plus sain, peut-être parce que si une telle dose de liberté peut s’exprimer, c’est rassurant. Peut-être parce que grâce aux excès de Choron, on se sent moins étouffé par une pensée dominante, même si soi-même on ne va pas aussi loin. Le fait de savoir les limites encore reculées dans la radicalité donne un goût inhabituel de liberté. Choron savait prendre ce rôle de clown à bras-le-corps. Un clown qui montre que la grossièreté n’est pas la vulgarité.
Est-ce l’effet du montage qui rend Philippe Val si « petit » à côté du Professeur Choron ? Wolinski si suffisant ? Cavanna si mortifié ? Très certainement. Carles ne se cache pas de ses opinions, et laisse rapidement à penser qu'il ne porte pas le trio de tête de Charlie Hebdo dans son cœur. On peut remarquer, presque avec amusement, que Choron dernière porte, dans le fond aussi bien que dans la forme, les traces d'un système qui, en s'interdisant toute sorte de limites, prend le risque de dériver dans un schéma vicié, qui revêt parfois l'apparence d'un serpent qui se mord la queue. Mais ce qui aurait pu devenir un travers gênant pour le film de Carles, finit presque par porter toute la rhétorique et la philosophie pour lesquelles se battait le Professeur Choron ; animé par une profonde révolte sociale, brûlant d'un feu tellement ardent qu'il le consumait lui-même peu à peu, Choron faisait partie de ces hommes, aussi rares que précieux, qui bâtissent leur vie autour de leurs idéaux, martyrs modernes acceptant de sacrifier vie sociale, vie professionnelle, et pourquoi pas, vie tout court, pour une cause à laquelle ils s'accrochent avec le désespoir des braves. Approchant la mort, comme un personnage de Beckett attendant Godot, Choron se met à nu, au sens propre comme au sens figuré : au sens propre, quand il exhibe son corps malade à l’hôpital. Au sens figuré, enfin, lorsqu’il revient sur les lieux de son enfance, l’usine à laquelle il était destiné, les horizons bouchés des « petites gens ».
Loin, très loin de la bourgeoisie intellectuelle parisienne, qu’il faisait grincer des dents, et qui le déchut.
Dimanche 04 Janvier 2009
Vuillemin: "Choron, c'est la connerie des autres qui le provoquait"
Propos recueillis par Jean-Luc BERTET pour leJDD.fr
Il porte un Choron en sautoir, au centre duquel apparaît la tête du professeur. Le dessinateur Vuillemin l'a connu il y a presque trente ans et est resté son intime jusqu'à sa mort, en 2005. Reiser l'avait attiré à Charlie. Il se rappelle s'être installé en bout de table pour dessiner, intimidé. Choron s'est penché sur son épaule et s'est marré. "C'est comme si j'avais gagné une médaille."
"En réalité, il y avait trois moteurs à Charlie Hebdo: Gébé, Cavanna et Choron. C'est lui qui poussait tout le monde. Ce n'était pas seulement le gérant de la publication. On ne se rend pas compte de tous les petits textes qu'il écrivait dans Charlie-Hebdo. Il lisait énormément, tous les journaux et le code pénal parce qu'il en avait l'usage. Il avait toujours un œil sur le monde et des idées sur tout. On avait l'impression que ça s'enclenchait tout seul à partir du moindre fait d'actualité."
"Je sais que sa gestion de Charlie-Hebdo a été contestée depuis. Je
ne sais pas ce que cela veut dire mauvaise gestion. Je pense qu'il avait du mal
à payer les salaires. Les procès lui ont coûté cher et les dettes, c'est lui
qui a dû les éponger. A l'époque héroïque, il avait rencontré une vieille
friquée qu'il sautait pour la bonne cause. C'était une de ses manières de
gérer.
Il faisait preuve de beaucoup d'inventivité. De poésie même: il suffit de
regarder ses fiches bricolages. Celle par exemple du mec qui, à son lever le
matin, se trempe les pieds dans un seau de confiture. Ensuite, en utilisant des
tartines plutôt que des chaussons, il gagne du temps dans la préparation de son
petit-déjeuner. Il avait cet état d'esprit. Je sais ce que c'est de faire de
l'humour et le principal est de masquer la mécanique. Lui, ce n'était jamais
convenu."
"Dans Choron dernière, on voit qui il était en dehors de son
personnage. C'est vrai qu'il passait facilement de l'un à l'autre avec un coup
de whisky. Le professeur se trempait alors la bite dans une coupe de champagne.
C'était sa marque de fabrique. C'est marrant qu'il ne se soit jamais fait
casser la gueule dans les bars. Il s'est fait un peu secouer parfois mais il
aurait mérité pire. Dans le film, on voit quand il revient dans son village
qu'il est tendre avec les gens. Ce n'est pas le soiffard, la bite à la main.
D'ailleurs quand on bossait avec lui, il sortait la théière."
"On ne peut pas dire qu'il était provocateur. C'est plutôt la connerie des
autres qui le provoquait. Gainsbourg faisait de la provoc, lui, il disait ce
qu'il pensait. Le directeur du journal bête et méchant Hara-Kiri ne
l'a jamais été. Il a marqué des tas de gens. Les Nuls ont toujours été
déférents avec lui. Groland, c'est son esprit avec une sincérité et des éclats
de poésie."
Critique
"Choron dernière" : un pamphlet contre les collaborateurs actuels de "Charlie Hebdo"
LE MONDE | 06.01.09 | 15h50 Mis à jour le 06.01.09 | 15h50
Né en 1929, trublion congénital, Georges Bernier lance en 1960 Hara-Kiri avec Cavanna, un mensuel satirique à l'humour féroce, brutal, à la liberté de ton dévastatrice, et sous-titré "Journal bête et méchant". Cavanna l'homme de plume et Bernier le gestionnaire, qui ne tardera pas à se raser le crâne et à se surnommer Professeur Choron du nom de la rue du 9e arrondissement où se trouvent les locaux, sont rejoints par nombre de caricaturistes tous aussi issus de milieux prolétaires, anarchistes dans l'âme, en guerre contre l'esprit de sérieux et l'ordre moral. Ces croisés de la dérision se heurtent à plusieurs censures, et doivent changer le titre de leur brûlot, tour à tour Hara-Kiri Hebdo puis Charlie Hebdo après l'interdiction du numéro qui annonçait la mort du général de Gaulle par cette couverture fracassante : Bal tragique à Colombey, un mort ! (allusion à un fait divers tragique survenu peu avant dans une discothèque de Saint-Laurent-du-Pont, plus de 140 morts).
L'hebdomadaire Charlie Hebdo fait faillite en 1981. Choron, qui a créé par ailleurs La Gueule ouverte en 1970, se lance dans la chanson avec des titres tels que "Caca chocolat" et "Boum boum badaboum". Hara-Kiri continue de paraître jusqu'en 1989 mais une partie de la rédaction désigne Choron, gestionnaire contesté, comme "responsable" de l'arrêt de l'hebdo.
Lorsqu'en 1992, Philippe Val ressort Charlie Hebdo en kiosques, sans Choron, ce dernier tente de le faire interdire, en vain. Le célèbre provocateur meurt en 2005 après avoir édité un journal pour enfants (Grodada) et La Mouise, vendu par des colporteurs. En dépit de quelques faits d'armes sortis des archives (Choron traitant les lycéens de "merdeux, petits ânes et trous du cul" à un Droit de réponse en 1982, montrant son sexe chez Fogiel), d'un épisode, en seconde partie de film, au cours duquel le professeur Choron fait visiter son village natal et évoque ses "bons souvenirs de l'Occupation", c est moins une biographie qu'un film polémique que proposent Carles et Martin.
Sous-titré Vie et mort du Professeur Choron et de Charlie Hebdo, leur film se veut autant un hommage au dérangeant patron de presse qu'une attaque contre Philippe Val, héritier contesté de son projet, et contre ses anciens compagnons de lutte Cabu et Wolinski, désignés comme ingrats. Le profil de l'homme au polo rouge et aux pulsions scatologiques est suffisamment complexe pour qu'il soit opportun de brouiller les cartes. N'eût-il mieux fallu explorer le caractère volontairement malaisant de cet homme, ses acquis, ses dérapages, sa générosité cachée, ses pulsions burlesques à base de paillardises, impolitesses et saillies cyniques, quitte à déplorer en incise que certains de ses complices lui aient tourné le dos, plutôt que de concentrer l'essentiel à ses adversaires ? Cette évocation des heures caustiques des années 1970-80 nous laisse sur notre faim.
Documentaire français de Pierre Carles et Martin avec Georges Bernier, Cavanna, Cabu, Siné, Nabe, Vuillemin, Wolinski, Val. (1 h 38.)
Jean-Luc DouinL'avis du "Monde" : POURQUOI PAS
Une émission spéciale de "Là-bas si j'y suis"
Le mercredi 7 janvier, jour de la sortie officielle du film, Pierre Carles, Delfeil de Ton, Willem et Arthur sont invités chez Daniel Mermet sur France Inter.
Pour écouter l'émission se rendre sur l'excellent La-bas.org.
La presse a eu Choron le cinéma a Pierre Carles
http://www.lanouvellerepublique.fr/dossiers/cinema/index.php?aff=4&num=89382
Samedi matin, dans les salons feutrés de l'Hôtel de l'Univers à Tours, Pierre Carles a parlé sans langue de bois. Comme à son habitude.
Pierre Carles était aux Studio, à Tours, vendredi, pour une avant-première de son film sur Georges Bernier, dit Choron, grand provocateur devant l'Éternel.
Comment est née l’idée de ce documentaire sur Georges Bernier, dit Choron, cofondateur du journal Hara Kiri ?
« Un jour, Éric Martin, qui a coréalisé le film avec moi et qui a travaillé avec Choron, est venu me voir et m’a dit : ’’ Choron ne va pas bien, il faut se dépêcher de faire un film. ’’ C’est ce qu’on a fait. Avec rien. Comme Choron qui n’avait plus rien à la fin de sa vie. Il vivait dans une cave, ruiné, sans personne. Tout le monde l’avait laissé tomber. »C’est une sorte d’hommage, donc ?
« On a essayé de lui rendre justice, surtout. Cavanna et Choron ont créé Hara Kiri qui va devenir Charlie Hebdo. Quand Philippe Val reprend le journal en 1992, il laisse Choron sur la touche. Sans hommage. Sans aucune reconnaissance. Des amis comme Cabu, Wolinski, le laissent tomber. Alors que c’est lui qui a tout inventé, qui a été le plus loin dans la provocation. »
Un tel personnage aujourd’hui, est-ce possible ?
« Non, je ne crois pas. Il faut du panache. Il faut être prêt à finir dans une cave. Sans un rond. Tous étaient des fils de prolos. Ils savaient parler de la misère et s’en moquer. Aujourd’hui, on a tous nos petites carrières à gérer. La nouvelle équipe de ’’ Charlie ’’ monte les marches de Cannes. Ils se prennent vraiment au sérieux. Les anciens n’auraient jamais fait ça. Ou ils l’auraient fait autrement. Les marches, ils les auraient sûrement descendues, eux. »
Philippe Val, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, et d’autres du journal attaquent en justice les distributeurs de votre film. Cela vous choque-t-il ?
« Non, pas de la part de Val. Ils veulent que leurs noms soient retirés de l’affiche. Ce qui est drôle par contre, c’est que j’ai pu sortir mon film ’’ Pas vu, pas pris ’’, il y a dix ans, grâce à une souscription lancée par Charlie Hebdo. Sur l’affiche, on avait mis une quinzaine de noms comme PPDA, Etienne Mougeotte... Et personne n’avait trouvé à y redire. »
Sa fille, Michèle Bernier, a-t-elle vu le film ?
« Non, pour le moment, elle n’a pas souhaité le voir. Choron n’a pas dû être le père idéal. Sa famille, d’esprit en tout cas, c’était ses potes. »
Sortie nationale de « Choron dernière » prévue le 7 janvier.
Propos recueillis par Delphine Coutier
TOUS LES DOCUMENTS CI-DESSOUS ONT ÉTÉ INTÉGRÉS DANS LES PAGES DU MHM SUR LE FILM
Des ô et débats
Radio Béton 93.6 à Tours le 20 décembre http://www.desoetdebats.somagfx.com/?p=117 Pour écouter en ligne
l'émission
"Pierre Carles, réalisateur, de passage à Tours pour présenter en avant
première aux cinémas Studio son dernier film « Choron dernière » vient nous
parler de son parcours, de ses films et surtout du dernier qui retrace le
parcours du créateur de Hara Kiri, le journal Bète et méchant, qui paraitra en
1960." Une émission avec des problèmes de micro et donc quelques bruits
désagréables.
COUPS DE BOULE
Choron : le cimetière en chantant
mercredi 24 décembre par Arthur http://www.bakchich.info:8080/article6279.html
Le juge des référés du tribunal de Paris a débouté, le 22 décembre,
Cabu, Wolinski et Val qui réclamaient l’interdiction de l’affiche du film
« Choron dernière ». Arthur, ex de Charlie, aujourd’hui à Siné
revient sur la polémique.
Le 7 janvier, devrait sortir en salles « Choron dernière », une œuvre de Pierre Carles et Martin. Pourquoi « devrait » ? Parce qu’il est sous-titré : « Vie et mort du professeur Choron et de Charlie Hebdo » et que, s’agissant du deuxième cadavre, on trouve sur l’affiche les noms des croque-morts : Val, Wolinski et Cabu, lesquels sont allés en justice pour faire gommer leur participation.
Les connaissant perso, j’étais surpris qu’ils crachent ainsi sur l’occasion unique d’élargir leur surface médiatique. Mais j’ai compris en visionnant le film : ils n’ont que des petits rôles à la Iago. On les voit déguisés en pingouins montant les marches du festival de Cannes. La vedette du film étant ce bon Georges Bernier, alias Choron, l’immortel provocateur qui a créé Hara-Kiri, journal bête et méchant, mais aussi l’Hebdo Hara Kiri, devenu Charlie-Hebdo à la mort de De Gaulle (et mort en 82), puis Charlie mensuel, Zéro, Grodada, La Mouise et on en oublie.
Grand « patron » de presse, punk libertaire, ivrogne au cœur immense, chanteur déjanté, Choron avait vu le trio de la gauche bobo susnommé lui voler le titre Charlie-Hebdo en 1982 pour relancer l’ersatz que l’on connaît et dont les ventes s’effondrent depuis la création de Siné-Hebdo, l’héritier véritable du vrai Charlie-Hebdo. Ces vicelards de Carles et Martin ont eu le culot d’interviewer nos trois lascars à propos de Choron qui avait refusé évidemment de donner son titre bête et méchant à l’équipe du révérend Val. Gênés, Val et Cabu répondent à côté. Faire un canard avec Choron, et son équipe, Vuillemin ou Berroyer ? Vous n’y pensez pas, des anars, des types aussi mal élevés ! Seul, Cavanna verse une larme car il se souvient, lui, que sans Choron qui s’est ruiné pendant 40 ans pour faire vivre ses journaux et révéler au grand public les noms de Reiser, Gébé, Willem et autres Gourio, l’aventure bête et méchante n’aurait pas eu lieu.
Attendons donc la décision de la justice à propos de l’affiche où les noms des trois gugusses pourraient être recouverts du bandeau « censuré » ce qui à lui seul renie toute leur carrière ! Ce film émouvant vous donnera une idée de ce que fut Choron : un homme à part, provocateur grossier, « gentleman déguisé en salaud qui a passé sa vie à rire avec talent d’une société de salauds déguisés en gentlemen » ( « L’Obs »). Mais dont on observe, en le voyant dans son village lorrain retrouver ses vieux potes, qu’il avait gardé son âme d’enfant.
PS : plus de détails à www.choronderniere.com et ne ratez pas l’émission de Daniel Mermet, le 7 janvier, sur Inter.
Une photo de Arnaud Baumann
Choron/PierreCarles Sabord996 envoyé par pixloud
Le Professeur Choron vous salue bien (bande de cons)
Jeudi 11 décembre 2008 à 12:16 Xavier Frison http://www.pour-politis.org/spip.php?article661
Mardi soir, j’ai profité d’un moment d’inattention de Christophe Kantcheff et d’Ingrid Merckx, les tauliers de la rubrique Culture qui se tapent tous les films en avant-première, pour leur piquer le carton d’invitation à la projection presse de « Choron dernière, vie et mort du Professeur Choron et de Charlie Hebdo », un film de Pierre Carles et Martin.
Pour ceux qui ne le connaissent pas, le Professeur Choron, de son vrai nom Georges Bernier, a été, entre autres facéties, le fondateur de Hara-Kiri puis de Charlie Hebdo. Le type chauve à porte-cigarette en pull rouge qui envoyait chier la terre entière, c’était lui.
Autant le dire tout de suite, le docu vaut le détour. Évidemment, avec un tel personnage central, ça aide. Choron, qui exhibe sa bite comme Sarkozy sa montre, y est dépeint avec bienveillance, bien que les auteurs s’en défendent. La -trop- longue séquence consacrée au « retour sur les lieux d’enfance du Professeur », qui a le mérite de montrer un Choron sans fard, en atteste. Les quatre mains qui guident la caméra aiment leur sujet, même si elles ne cachent pas les mauvais côtés du bonhomme, au sommet desquels trône une solide réputation de gestionnaire calamiteux, qui aura précipité Charlie à la banqueroute.
L’autre versant du film, pas le moins intéressant, s’intéresse à l’actuelle équipe de Charlie Hebdo, relancé en 1992 après plusieurs procès intentés par Choron pour empêcher l’utilisation du titre. A la tête de cette nouvelle rédaction, l’insupportable Philippe Val. Choron est rond comme un ptit ballon de rouge, Val est sec comme une trique. Quand il ne vitupère pas contre la terre entière, l’œil brillant, Choron a la banane. Quand Val ne fréquente pas les marches du Festival de Cannes en smoking, acoquiné de BHL (tiens donc), il tire la gueule. Et traite de « stupide », avec une rare condescendance, le reporter qui a l’audace de lui demander par quel miracle Charlie n’a rien fait de particulier pour rendre hommage au Prof à sa mort, en janvier 2005.
Dans l’une des scènes les plus pathétiques du documentaire, Carles et Martin, dans le rôle des journalistes naïfs, interrogent l’équipe, attablée dans une belle brasserie, sur cette même question, le pourquoi de l’absence d’hommage au Professeur dans Charlie au moment de sa mort. Malaise à table. Autre question qui fâche, qui décide de la Une du journal ? « Avant, c’était à l’unanimité, maintenant, c’est lui qui décide », lâchent les employés en pointant du doigt Philippe Val. Les employés, il faut bien les nommer ainsi, les Cabu ou autre Wolinski, réagissant comme des sous-fifres apeurés face à Val, mâchoire serrée et faciès impassible, sauf pour esquisser un semblant de rictus, le regard froid, sans un regard pour ses « gens ». Rien n’est dit dans cette scène, mais la communication gestuelle et spatiale crache le morceau avec une froide cruauté : il y a un patron à bord et ses obligés, priés de suivre la ligne. A une autre occasion, dans une démonstration de lâcheté d’une rare limpidité, les mêmes Cabu, Wolinski, suivis par Val, bien entendu, nieront le rôle moteur de Choron, en mettant en avant Cavanna, toujours présent dans le nouveau Charlie Hebdo.
Pas de chance, le même Cavanna, seul dans son bureau, face caméra, infirmera lui-même cette réécriture de l’histoire, en remettant Choron à sa juste place, celle de tête de proue du journal, tiré à l’époque par ces deux bourrins complémentaires. Il lui viendrait d’ailleurs presque la larme à l’œil, à Cavanna, en souvenir du bon vieux temps. A moins que ce soit une violente prise de conscience de ce qu’il est devenu, lui et ce journal, tellement loin de ce qu’il fut.
« Choron dernière », c’est à déguster dans toutes les bonnes tavernes à partir du 7 janvier : www.choronderniere.com
CINE : CHORON DERNIERE
http://www.dvdrama.com/news-30561-cine-choron-derniere.php Le
2008-12-02 02:38:00 Gilles Botineau
En bref : Un documentaire passionnant, par le réalisateur de « Pas vu, pas
pris ». Incontournable ! 08/10
Si l'on parle beaucoup de Coluche ou bien encore de Serge
Gainsbourg, on en oublie souvent un autre trublion, pourtant marquant dans
l'Histoire pour avoir voulu « secouer » notre société, le dénommé
Georges Bernier, alias Professeur Choron.
Le documentaire réalisé par Pierre Carles et Eric Martin ne retrace pas
l'ensemble de son existence ou de son œuvre, mais propose plutôt un choix
d'archives limité et précis, permettant ainsi de dresser un portrait plus juste
du personnage.
Diffusé depuis plusieurs mois au sein d'une tournée et de nombreux festivals à
travers la France entière, Choron dernière semble avoir progressivement trouvé
son public et motivé des distributeurs, en l'occurrence Tadrart Films, pour une
sortie en salles prévue le 07 Janvier 2009. Nous ne
l'espérions plus. En effet, il est rare de visionner un documentaire aussi
riche et puissant. Son absence sur nos écrans aurait donc été un véritable
gâchis. Ce film permet en effet de rendre justice à un formidable humoriste,
aujourd'hui méconnu du grand public, trompé et maltraité au cours de son
incroyable carrière. Ceux qui l'ont bien connu le reconnaîtront, les plus
jeunes le découvriront.
L'essentiel de Choron nous est donc ici présenté, qu'il s'agisse des journaux
Charlie Hebdo ou Hara-Kiri, de ses conseils au format vidéo proche de Les Nuls
ou de Groland qui se sont très certainement inspirés de lui, sans oublier ses
inoubliables chansons humoristiques. Sa personnalité est essentiellement
révélée à travers de célèbres archives télévisuelles (ses fameux coups de
gueule), et d'autres plus rares. Ces dernières nous permettent d'ailleurs de
porter un regard neuf et plus intime sur le personnage, se moquant par exemple
des habitants de son village d'enfance avec une incroyable tendresse, ou
subissant une réelle opération, le pénis à l'air, coincé entre les quatre murs
d'un hôpital. Nous découvrons également tout au long de ce documentaire
certains de ses anciens amis ou « collègues », de Cavanna à Topor, en
passant par Reiser, Gébé, Cabu et Wolinsky. Bien évidemment, le film ne peut
éviter de dresser un « cruel » mais finalement authentique portrait
de Philippe Val, nouveau directeur de la publication et de la rédaction de
Charlie Hebdo suite au départ « forcé » du Professeur Choron. Telle
est d'ailleurs la grande force de ce documentaire : toutes les opinions
possibles et imaginables concernant le Professeur sont ici dévoilées. Aucune
censure n'intervient et la liberté d'expression semble de mise. Seul le montage
(et la culture personnelle) influencera votre regard sur l'histoire de ce
personnage.
Choron dernière offre un point de vue à la fois franc et
fidèle sur l'un de nos plus grands humoristes, injustement oublié. Finalement,
ce film se révèle être un très bel hommage, à découvrir de toute urgence. Salut
l'artiste !
Galerie d'images : http://www.dvdrama.com/galerie/choron_derniere_/
Copains comme Choron
Le Professeur Choron, alias Georges Bernier, a grandi à Aubréville, où a
été présenté un documentaire qui brosse un portrait très humain de la bête. Le
sujet dérange toujours autant.
Par Catherine BELIN, Le Républicain Lorrain, dimanche 30/11/2008
Copains comme
Choron [Fichier .pdf, 191 Ko]