C'est le programme de l'endroit, pour l'instant.

Radio-Jammes-Brassens-passantes-Pol

Dans la voiture pour le travail, j'entends une émission sur Francis Jammes, vieux poëte. Très souvent, j'aime à lire les vieux écrivains réactionnaires, leur langue est plus belle, ils disent se moquer de la Forme, du style et pourtant ils ne sont que ça, de grand stylistes qui font semblant.
Ce Jammes-là fut biographé par Robert Mallet, celui des entretiens avec Paul Léautaud, tiens donc!
Jeune, il écrivit sur les jeunes filles en fleur (« sous les jupes plissées des jeunes filles catholiques », non, pas de lui, c'est une chanson) et puis, comme tout le monde, il devint catholique, panthéiste nous dit-on là, et voulut monter au paradis avec les ânes, les vrais, les bêtes.
De fait, ils sont une rien nunuches ses poëmes, j'en avais un meilleur souvenir, d'adolescence (oui, enfant et adolescent je lisais de vieux poètes et les bouquins à reliure marbrée des bibliothèques publiques, que ma vieille mère qui me casait là en soit remerciée et gloire à Eugène Morel !).
Bon, l'histoire, s'il finit par y en avoir une, n'est pas là, j'accélère : je croyais que Brassens (Georges) avait utilisé un poëme de Jammes pour « Les passantes », or, en rentrant je vérifie et non, c'est pour « La prière ». Pour « Les passantes », l'histoire qu'on trouve sur la Toile est jolie, alors je veux vous la raconter :

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connaît à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais

À celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui

À la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

À celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
À tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on n'a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir

 

Oui, celui-là aussi est un rien simplet, mais il a toujours eu une forte résonance pour moi, davantage peut-être lorqu'esseulé je croisais ces amours d'un instant et que je repensais à eux, parfois des semaines durant, plus ou moins chastement.

Brassens, dit-on, trouva aux puces de Saint-Ouen un vieux recueil d'Antoine Pol, publié en 1918, aima ce texte sis au milieu d'autres moins aimables, et voulu le mettre en musique.
Il chargea son secrétaire d'en retrouver les ayant-droits, ce fut en vain.

Le même secrétaire reçut un peu plus tard un appel d'un centralien retraité qui s'occupait de leur cercle de bibliophiles et qui s'appelait Antoine Pol : l'auteur des « Passantes ».
Un rendez-vous fut pris pour une rencontre du poète amateur et du musicien.
Trop tard ! Une semaine plus tard - on était en 1971 - le vieux monsieur, qui avait 83 ans, était mort.


Lin Delpierre, 2003 - Série Buenos Aires - Urbaines

L'oultragôche, ce que j'en pense, etc.

On peut tout aussi bien le lire ici et (même si ce n'est pas moi qui écris).

À butiner, presqu'au hasard

— Je me souviens, à mes débuts sur cet Internet, de cette joie du butinage au long cours dans la nuit, de m'être englouti dans les milliers de pages personnelles d'un site suédois, jusqu'aux premières lueurs de l'aube comme on dit. Je me souviens aussi, mais avec moins de plaisir, du montant extravagant des factures de téléphone, près - ou plus ? - de 2 000 francs une fois. Les moteurs de recherche étaient plus frustres et j'allais surtout de lien en lien, mû par la curiosité face à ce vaste Nouveau Monde - et si peu par l'utilité, au contraire d'aujourd'hui.

— Je cherche une image avec la requête "Radio Paris" et le moteur idiot affiche celle ci-dessus dans les résultats, elle m'emmène vers ce site : DIEPPE 1939-1945 LES ANNEES NOIRES, avec son vilain bandeau I-France. J'aime ces sites à l'ancienne, celui-ci a été fabriqué avec Adobe PageMill 3.0 Win et mis à jour à l'été 2007. Je me rappelle comme tout me semblait plus facile avec le Composer de la suite Netscape et d'autres outils ancestraux; il me semble que l'arrivée des feuilles de style (css), du php et des bases de données, a dû figer les ardeurs de bien des particuliers amateurs, c'est bien plus compliqué. En tout cas, moi, gros paresseux, je n'ai pas réussi à sauter le pas.
Bien sûr, les systèmes de publication automatique sont là, mais spip est bien compliqué aussi et les blogues ne sont pas adaptés à toutes les envies de site, le carnet est un genre restreint. Est-ce que ce "ouèbe participatif" n'est pas en réalité un ouèbe de consommateurs ou au mieux de commentateurs ?

— La même recherche m'amène vers ce curieux 100 ans de radio ("À part quelques émissions en amateur, notamment dans les années 80, sur les radios libres et quelques participations à des émissions nationales, je ne suis pas un professionnel de la radio. En revanche, depuis 1975 (ce qui vous donne une idée de mon age avancé), ma passion est l'histoire de ce média. En un peu plus de trente ans, j'ai rassemblé de nombreuses archives sur la radio en France") et chez ce collectionneur (qui utilise Microsoft FrontPage 4.0) : La collection de postes anciens de Pierre Lemesle, Je suis l'ami de tous les collectionneurs. Un de mes préférés est Pascal Foucher de flipbook.info qui collectionne les flip-books et utilise les formes modernes de mise en page ouèbe; on peut s'y perdre un long moment.

— En suivant Guy du r*ck, je vais voir le blogue de ce cher vieux et gentil pornographe à l'ancienne qu'est Eric Kroll; au milieu de plein de textes et photos qui m'enchantent, je trouve cette photo que Kroll fit de David Wojnarowic. Pour moi, ce dernier fut d'abord un musicien dans le groupe 3 teens kill 4, bien avant que je découvre le photographe et l'écrivain. Laurence Viallet et les éditions Désordre l'ont édité en français, il y a à voir et à lire sur la page que lui consacre cette estimable éditrice.

C'était mercredi dernier, je crois, "j'ai fait de l'internet".

Et, tiens, j'avais pensé parler un peu de mon livre de chevet (qui chez moi est un livre de table de salon) du moment mais je suis las.